Le crédit privé vacille, Wall Street retient son souffle
- 19 mars
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Depuis plusieurs semaines, une inquiétude sourde s'est installée dans les couloirs de Wall Street. Le marché du crédit privé, ce segment financier qui a explosé pour dépasser les 3 000 milliards de dollars ces dernières années, montre ses premières failles sérieuses.

Le signal d'alarme est venu de BlackRock. Début mars, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde a annoncé qu'il ne traiterait que la moitié des demandes de rachat de son fonds phare de crédit privé, le HPS Corporate Lending Fund, un véhicule de 26 milliards de dollars. Sur 9,3 % de parts dont les investisseurs souhaitaient se séparer, seuls 5 % ont pu être remboursés. C'était la première fois que le fonds prenait une telle décision depuis sa création. La réaction des marchés a été immédiate : l'action BlackRock a cédé plus de 8 % en une séance, entraînant dans sa chute les autres géants du secteur comme KKR, Apollo ou Blue Owl.
Mais le problème va bien au-delà de BlackRock. Le crédit privé, c'est un système où des fonds non cotés prêtent directement aux entreprises, en dehors des circuits bancaires traditionnels. Pendant des années, ce marché a prospéré grâce aux taux d'intérêt bas et à une demande soutenue. Les fonds ont alors promis à leurs investisseurs de pouvoir récupérer leur mise en quelques semaines. Le problème, c'est que les actifs dans lesquels ils investissent, des prêts d'entreprise souvent pluriannuels, ne se liquident pas aussi facilement. Quand tout le monde veut sortir en même temps, les fonds se retrouvent coincés.
À cela s'ajoute une autre fragilité : une part importante de ces fonds est investie dans des entreprises de logiciels, dont les modèles économiques sont fragilisés par l'intelligence artificielle. Selon les données de Fitch, plus de la moitié du secteur logiciel est désormais classée comme hautement spéculatif. Un mur de 162 milliards de dollars de dettes arrive à maturité en 2026 et devra être refinancé, selon les analystes d'UBS.
Pour l'instant, les régulateurs estiment que le risque d'une contagion systémique reste limité. Mais la confiance, elle, est clairement entamée. Et dans la finance, la confiance est souvent ce qui fait la différence entre une correction et une crise.

